Grand excès de vitesse : une réforme en trompe-l’œil ?
Depuis le 29 décembre 2025, le grand excès de vitesse – un dépassement d’au moins 50 km/h au-dessus de la vitesse maximale autorisée – est officiellement devenu un délit. Et ce, dès la première infraction.
Sur le papier, le message des pouvoirs public sest clair :
➡️ durcissement de la réponse pénale,
➡️ prison encourue,
➡️ sanctions plus lourdes,
➡️ tolérance zéro affichée.
Cette réforme, issue de la loi du 9 juillet 2025 relative à la lutte contre la violence routière, a été largement présentée comme un tournant fort.
👉 Lire aussi : Grand excès de vitesse : un DÉLIT depuis le 29 décembre 2025
Mais lorsqu’on lit attentivement les textes… la réalité est beaucoup plus nuancée.
⚖️ Une réforme sévère en apparence
Le passage du régime contraventionnel au régime délictuel marque, en théorie, un changement important :
🔴 Avant
-
Contravention de 5e classe
-
Retrait de 6 points
-
Amende élevée
-
Suspension administrative
-
Délit uniquement en cas de récidive
🔴 Depuis le 29 décembre 2025
-
Délit dès la première infraction (et non plus seulement en récidive)
-
Peines théoriquement plus lourdes
-
Risque de prison
-
Casier judiciaire concerné
-
Menace directe sur le permis de conduire avec annulation possible (auparavant seule une suspension était possible)
À ce stade, le durcissement paraît évident.
Et pourtant…
🧩 Le détail qui change tout (et que peu relèvent)
Le nouveau dispositif comporte un alinéa déterminant, largement méconnu du grand public :
« L’action publique peut être éteinte, y compris en cas de récidive, par le versement d’une amende forfaitaire délictuelle de 300 euros. »
(250 € minorée – 600 € majorée)
⇒ Lire l’article L.413-1 du code de la route dans sa nouvelle rédaction issue du décret du 22 décembre 2025
👉 Concrètement :
Dans un grand nombre de situations, le paiement d’une amende forfaitaire délictuelle mettra fin à la procédure pénale, sans audience, sans tribunal, sans débat contradictoire.
🚗 Un drôle de paradoxe
C’est ici que la réforme devient vraiment paradoxale.
🔎 Avant, dans les dossiers de grand excès de vitesse :
-
passage devant le tribunal (ou ordonnance pénale),
-
amendes prononcées presque toujours supérieures à 300 € (plus le droit fixe de procédure).
🔎 Désormais :
-
paiement rapide d’une AFD (amende forfaitaire délictuelle) à un montant plus faible que les amendes prononcées jusqu’alors,
-
aucune comparution devant un tribunal si paiement d’une AFD,
- et donc des peines de prison qui seront très rarement prononcées.
👉 Résultat : pour une majorité de dossiers, la réponse pénale sera en réalité plus clémente qu’auparavant. Malgré une loi présentée comme plus sévère.
💶 Une logique financière bien rodée
Cette réforme s’inscrit dans une tendance déjà largement observée en droit routier :
-
automatisation des réponses pénales,
-
incitation au paiement rapide d’amendes,
-
désengorgement des tribunaux,
-
sécurisation des recettes publiques.
Les amendes forfaitaires délictuelles en série remplacent progressivement l’examen individualisé des dossiers.
📌 En clair :
-
une sévérité affichée dans les discours,
-
un traitement standardisé et automatisé dans la pratique.
Comme souvent en matière de sécurité routière, le diable se cache dans les détails !
⚠️ Attention : payer l’amende n’est pas anodin !
Ce système peut donner l’impression d’une solution simple.
Mais il comporte aussi des conséquences irréversibles.
❌ Payer une amende, c’est notamment :
-
reconnaître définitivement l’infraction,
-
renoncer à toute contestation même en présence d’un vice de procédure,
-
accepter l’ensemble des effets juridiques attachés (notamment perte des points).
👉 Dans certaines situations, payer trop vite peut être une erreur, notamment lorsque :
-
la procédure comporte des fragilités,
-
le permis est indispensable à l’activité professionnelle,
-
le solde de points est fragile.
🧠 Ce que révèle réellement cette réforme
Derrière le changement de qualification pénale, cette évolution montre surtout :
-
un affichage politique fort (« regardez braves gens, nous sommes plus sévères avec les chauffards ! »)
-
une réponse pénale standardisée et automatisée,
-
une volonté en réalité très claire de faire rentrer l’argent dans les caisses (passer par l’AFD coûte moins cher et rapporte plus).
🚨 Grand excès de vitesse : ne restez pas seul
Chaque situation est différente.
Chaque dossier mérite une lecture juridique attentive, avant toute décision irréversible.
📌 Grand excès de vitesse, amende délictuelle, suspension ou permis menacé ?
👉 Agir tôt est essentiel.
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